Au Palais Lumière d’Évian, l’exposition « Paris-Bruxelles, 1880-1914 : Effervescence des visions artistiques » offre un panorama des grands mouvements de la fin du XIXe et du début du XXe siècle, lorsque les artistes français et belges faisaient figure d’avant-gardes. Rassemblée avec passion par un collectionneur privé depuis près de 25 ans, cette sélection d’œuvres inédites fait ressentir l’énergie de Paris, capitale foisonnante, canaille et populaire.
Au tournant du siècle, Paris rayonne à travers ses boulevards, ses cafés, ses théâtres et ses opéras : autant de lieux où se croisent toutes les classes sociales, où s’agitent promeneurs et badauds. En artiste naturaliste, Jean-Louis Forain (1852-1931) révèle les dessous de la société. À l’instar des écrivains du même courant, Maupassant ou Zola, l’amour vénal constitue l’un de ses thèmes favoris. En 1879, il illustre d’ailleurs Marthe, histoire d’une fille, le roman de Huysmans. C’est dans ce même contexte qu’il dessine à l’encre L’Ambulante au parapluie, exposé à Évian, où le jeune Forain pose un regard plein d’indulgence sur les miséreux et les filles de joie.

Jean-Louis Forain, L’Ambulante au parapluie, Encre de Chine sur papier, 1879-1880
Touché par le poème intitulé Une aumône, que François Coppée (1842-1908) publie en 1880, il en recopie les vers et l’illustre :
C’était sur mon chemin, je voyais chaque soir
Cette femme fardée, à l’angle d’un trottoir,
S’offrir à tous, ainsi qu’une chose à l’enchère.
Non loin de là s’ouvrait une porte cochère,
Où l’on entendait geindre, en s’abritant dessous,
Une fillette avec des bouquets à deux sous.
Et celle qui traînait la soie et l’infamie
Attendait que l’enfant se fût bien endormie,
Et lui faisait alors l’aumône seulement.
-Tu lui pardonneras, n’est-ce pas ? Dieu clément !
Jean-Louis Forain évoque au premier plan une prostituée, éclairée par un réverbère, qui fixe le spectateur en s’apprêtant à prodiguer discrètement la charité à une misérable jeune vendeuse des rues, assoupie au second plan. Avec tendresse, l’artiste cherche à immortaliser la fragile humanité de deux figures que les passants avaient l’habitude de côtoyer.

Vue de l’exposition, La Belle Époque Palais Lumière d’Évian, 19 avril 2025 – 4 janvier 2026
Quelques années plus tard, Jean-Louis Forain fait d’ailleurs dialoguer ces deux personnages des rues dans un dessin de presse publié dans Le Courrier français du 18 novembre 1888. Une ambulante s’apitoie alors sur son propre sort en déclarant, lorsqu’elle croise une petite vendeuse de violettes : « Si je n’avais pas mal tourné, j’en vendrais encore ! ».


















